Patrimoine immatériel

Boughanim idpcm:5316F

Troubadour poète

Communauté concernée : Tribus du Moyen-Atlas et une partie du Haut-Atlas

Boughanim est un art  populaire ancestral originaire du Haut Atlas. En effet, il est connu spécialement chez les tribus des Ait Yahya  (Tounfit), Ait Hdidou (Imilchil) et Ait Bougmmaz. Boughanim (l’homme au roseau) est un mot amazigh qui signifie celui qui joue à la flûte.  Aghanim fait référence au roseau en langue amazigh. Cette forme antistatique est réservée uniquement aux hommes. Autrefois, ce troubadour (Boughanim) sillonnait les monts et vallées du Maroc central et du Haut-Atlas pour apporter la joie, le divertissement et les informations aux montagnards. Il est le principal personnage dans une troupe qui se compose généralement d’un poète (Cheikh ou maître chanteur) et une chorale d’une à deux personnes (Irddanden) chargées de répéter les phrases du chanteurs en s’accompagnant de tambour à cadre (Talunt).

En plus de jouer à sa flûte ou à la cornemuse, Boughanim accompagne les notes musicales qu’il dégage de ces derniers instruments, avec des danses et des mouvements de clown. Il chante également et imite les voix des animaux qu’il trouve dans la nature ou qui se trouvent dans une harmonie et une complémentarité. A l’époque du protectorat, Boughanim n’était pas un simple animateur, mais un véritable engagé qui traitait de tout, du politique, du culturel, de l’humour, du contexte local, des événements liés à la période, de blagues…

C’est lui qui programme ses tournées dans sa tribu et dans les tribus voisines. Jadis, les membres de l’équipe organisaient deux voyages pendant l’année : un voyage en printemps vers les tribus de l’ouest (Al gharb), notamment, les tribus Beni Mguild, Beni Mtir, Guerouane, Zemmour, Ait Ayach, Ait Youssi et Beni Saden et un autre en automne, en direction des Ait Atta, Ait Merghad et Ait Izdeg. A la fin de ses tournées artistiques, Boughanim se lance dans une série d’invocations et de supplications (Fatha) adressées à Allah et au saint local pour accorder ses bienfaits aux généreux parmi ses spectateurs qui leur accordent également l’hospitalité.

Boughanim porte un costume qui diffère d’une tribu à l’autre : chez les Ait Yahya et Ait Hdidou, le costume est similaire et se caractérise par la dominance de la couleur rouge. Tandis que les Ait Bougmmaz, Boughanim introduit dans sa tenue de scène deux couleurs : le blanc et le vert.

Cette tradition est encore vivante, mais elle est malheureusement en voie de disparition puisqu’il n’en reste plus que six pionniers de cet art dont le plus jeune a plus de 50 ans. Ils sont tous analphabètes et pratiquent l’agriculture, le métier de berger ou d’ouvrier saisonnier.

Caractéristiques de l'élément

Éléments matériels associés : Costume/ Chez les Ait Bougmmaz, ce dernier sa caractérise par sa simplicité et par l’utilisation de deux couleurs le blanc et le vert. En effet , Boughanim porte une tenue blanche et couvre sa tête par un grand morceau de tissu de couleur verte qui tombe sur son épaule droit de telle façon à couvrir à la fois une partie de son dos et une partie de sa cage thoracique et son ventre. Enfin, il attache le tout par deux bandoulières rouge. Chez les tribus Ait Hdiddou et Ait Yahya, leur costume est similaire. Il se compose essentiellement de : - Un caftan rouge (Akaydour en tamazight), - Un grand morceau de tissu blanc non cousus dont une partie est attachée d’abord autour de la taille, l’autre partie restante, sert à envelopper la tête (Tahramt), - Un morceau de tissu de couleur rose déposé sur l’épaule droit, - Une calotte en laine de forme conique enrichie de plumes d’autruche, de paon ou de coq (Taricht) Les autres membres de la troupe ne sont pas tenus de porter un costume spécifique. Instruments de musique : chez les Ait Bougmmaz, Boughanim confectionne avec ses mains deux flûtes (une à deux becs et une autre simple) qu’il accroche autour de son cou. Les autres membres de la troupe sont des percussionnistes. Ils jouent aux tambours à cadre. Chez les tribus Ait Hdiddou et Ait Yahya, Boughanim joue à la flûte à deux becs et à la cornemuse qu’il attache autour du cou. L’espace du spectacle/ le spectacle tient lieu souvent à ciel ouvert, dans un endroit spacieux et démarre souvent au coucher du soleil. Pendant la nuit, se sont les habitants qui se chargent de l’éclairage en ramenant leurs lampes à pétrole durant les premières années et à gaz ultérieurement.
Éléments immatériels associés : Les spectacles de Boughanim sont l’expression traditionnelle de la nature environnante et de la vie quotidienne des tribus amazighes. A l’époque du protectorat, cet artiste sillonnait les vallées et les oasis pour informer les gens de ce qui se passait dans les autres tribus et pour les motiver à ne pas déposer les armes et à continuer à combattre les colons. Après l’indépendance, il consacrait sa vie à procurer la joie et la gaieté à ses spectateurs par ses chants, sa musique, ses danses, ses jeux de clown et ses bagues. C’est lui le maestro qui dirige sa troupe et veille à une harmonie et au bon déroulement de ses spectacles.
Langue utilisée : La langue utilisée par Boughanim dans ses spectacles est la langue Tamazight sous forme de vers chantés, de dictons, de blagues, etc.
Origine perçue :

Les origines historiques de cette tradition artistique qui n’existe que dans les tribus Ait Bougmmaz ,  Ait Hdiddou et Ait Ait Yahya ne sont pas connues.

Mais, Boughanim est ancré dans la mémoire collective des imazighen du Haut-atlas et du Moyen-Atlas. Elle évoque un passé lointain. Le seul vœu des acteurs associatifs et que cette tradition se revivifie et soit pratiquée parmi les jeunes générations.

Personnes et institutions associées

Praticien(s) | Interprète(s) : De la tribu Ait Hdidou, Cercle d’Imilchil (Caida Amougguer), Province de Midelt (Région Draâ-Tafilalet) : - Ali Attous, surnommé Ouattous, né en 1943, il exerce il y a 64 ans ; - Atman Ouzaid, connu sous le nom d’Othmane Oquiza, né en 1948, berger, marié et a 8 enfants. Il joue sur le bendir ; un instrument de percussion (tambour à cadre), la flûte et « bouzammar », une sorte de grande flûte. Il a 70 ans. Il exerce il y a maintenant 54 ans ; - Zanien Mohamed connu sous le nom de Mohand Oulhou, né en 1950. Il exerce il y a maintenant 68 ans. De la tribu Ait Yahya, Cercle Boumia (Caida Tounfit), Province de Midelt, (Région Draâ – Tafilalte) : - Obakeddi Lahcen Ouali surnommé Taous, de la tribu Ait Bouarbi, né en 1929. Il joue sur la flûte et le bendir. Il exerce cet art il y a maintenant 71 ans (depuis l’âge de 18 ans), agriculteur, marié et il a 9 enfants. - Abdi Ouhammou, surnommé Addi Moche (parce qu’il imite souvent le chat), de la tribu Ait Merzoug. Il joue sur la flûte et le bendir. Il est né en 1943. Il exerce il y a maintenant 62 ans. Il a enregistré pour la 1ere chaine nationale un programme télévisé appelé « Tit khaf wansa » , ouvrier journalier, marié et a 9 enfants. De la tribu Ait Bougmmaz, Province d’Azilal (Région Beni Mellal-Khenifra) : - Atakhdicht Hmad : il fait partie de la troupe de Boughanim Lahcen Ouril. Il l’accompagne en jouant sur le bendir, - Hammou Khlla et Zayed Azari. Ils font partie de la troupe de ali Attous, les deux sont poètes et percussionnistes, - Mohamed Al Omari : il joue dans la troupe de Othmane Ouzaid. Il est percussionniste, - Ammari Mbarek : Il joue dans la troupe de Zanin Mohamed, iljoue au violon.
Modes de transmission :

Transmission informele par imitation et apprentissage directe auprès des maîtres

Organisations concernées : L’Alliance Marocaine du Livre Amazighe
Organisations autres : L’Institut Royal de la Culture amazighe, IRCAM, Association ACHABAR, El Hajeb

État de l'élément : viabilité

Menaces pesant sur la pratique :

La nécessité d’assurer la viabilité de Boughanim a fait l’objet d’une prise de conscience collective dans certaines communautés qui ont concrétisé cet intérêt par la constitution d’un syndicat professionnel de poètes et d’artistes le 31 mai 2011, appelé le Syndicat d’Imilchil et Amellagou. Parmi ses objectifs la création d’un institut des études, d’enseignement et de recherches en musique, poésie et art populaire dans la région.

Et pour contribuer au rayonnement et à la promotion de l’art de Boughanim, l’Association Achabar a organisé en collaboration avec le Ministère de la Culture un festival international de l’art de Boughanim à El Hajeb. Sa deuxième édition a eu lieu en novembre 2017. Ce genre poétique et musical étaient présents dans d’autres manifestation culturelles, notamment le festival Tamawayet de poésie et de musique organisé par l’Association Anfas, et le Festival d’Ahidous (Talsint, Midelt).

Pour faire connaitre cette forme artistique et ses pionniers au grand public, certains médias nationaux ont enregistré des programmes télévisés avec Boughanim, notamment le programme appelé « Tit Khaf Wansa », produit par la 1ere chaine nationale et consacré à Boughanim Addi  Ouhammou, surnommé Addi Moche.

Menaces pesant sur la transmission :

Boughanim rend son dernier souffle, du fait que sa transmission n’est pas assurée par la nouvelle génération et surtout par les enfants des artistes. Ces derniers essayent hélas de dissuader leurs parents d’exercer cet art qui dérange la plupart d’entre eux. Ce qui met, malheureusement, en danger la survie de cette forme d’expression artistique séculaire.

La plupart de ces artistes amazighs qui ont bénéficié en 2017 de la carte d’artiste professionnel, sont des hommes âgés et avec leur disparition, cet art tomberait dans l’oubli

État de conservation

État général de conservation : Très mauvais
Date de vérification : Août 2018

Protection / Statut juridique

Type de protection : inventorié