Patrimoine immatériel

Lhayt de Taza idpcm:B8137

El-Hayti

Lhayt, L'Hayti, ou L'Hayt est un genre de chants et musique populaire ancestral connu des tribus de la province de Taza. Les tribus de Taza connues par ce style de L'haït sont principalement les Branès et Ghiyata ainsi que les Tsoul qui sont aujourd'hui arabisées, mais qui seraient certainement  d'origine berbère en principe, ce qui n'écarte pas l'arrivée de l'élément Arabe depuis la Conquête islamique au VIIIème siècle puis au XIIème s. du temps des Almohades. Cette arabisation généralisée expliquerait certainement le fait que la langue utilisée  dans ce chant c'est la langue arabe. Or, les tribus encore parlant Tamazight chantent l'Ahaïdous dans la partie Tamazight du Moyen Atlas (Beni Ouarayen, Aït Sghrouchen,,),  alors que d'autres tribus chantent dans le style Tarifit dans les zones rifaines de Taza, au Nord.

L'Haït est un style de chant, musique et danse un peu particulier mais, témoignant de sa marocanité profonde on sent un rapprochement avec d'autres styles tels que le Jebli du Nord, le 3alaoui et Reggada de l'Oriental, l'Ahaïdous de l'Atlas. Mais, à la différence d'Ahaïdouss et Ahwach, Le style Hayt est un style uni-genre,  sans mélange, mais il est chanté par les deux genres, séparément. Les troupes hommes et les troupe femmes ne se mêlent jamais. Mais la prépondérance est aux troupes hommes qui chantent partout, en lieux privés et publics, alors que les troupes féminines ne chantent jamais que dans les cercles fermés de femmes, lors des mariages, des baptêmes, ou autres occasions d'allégresse. Aujourd'hui, avec les nouveaux souffles de modernité, des troupes féminines sortent des Albums ou chantent dans des Festivals en plein public.

El-Hayt, plutôt un chant improvisé est basé plus sur la parole alors que la musique n'intervient qu'au moment de la répétition du refrain par toute la troupe qui est généralement composé de 6 à 10 personnes. Les principaux instruments sont l'Ghayta (الغيطة), le Bendir (البندير)Tbel (الطبل )et Lemqess (ciseauالمقص ). Aussi, on fait souvent usage des fusils (carabines الكلاطة), surtout pour les troupes des tribus Ghiyata.

El-Hayt  fait surtout partie des genres poétiques d'opposition (النقائض) qui mettent en conflit poétique deux troupes opposées. A tour de rôle, chaque troupe prend la parole pour composer son poème, ou plutôt sa satyre. Généralement, dans chaque troupe, tout le monde prend la parole à tour de rôle aussi. Les paroles abordent aussi les histoires d'amour, vantent l'honneur de la tribu et les qualités des  aïeuls,  étalent une souffrance.  Tous les maîtres de l'Haït sont des autodidactes et  généralement on ne connaît pas de poètes qui écrivent  des chansons pour les troupes. Le plus illustre chanteur de toute la région est Boujam3a El-Haddad.

L'Hayt c'est un chant qui se pratique dans les cérémonies familiales et tribales, lors des célébrations des fêtes nationales. Il est aujourd'hui associé à tous les festivals que connaît la province de Taza. C'est ce qui a fait qu'il n'a pas disparu alors que  son usage dans les fêtes de mariage s'est sérieusement dégradé face à la "modernisation" des fêtes.

Quand le chant Haït fait usage des fusils (surtout avec tribus Ghyata) il n'y a plus de paroles et on est presque dans le 3alaoui et reggada dont il se distingue par son rythme musical différent. Les membres de la Troupe sont menés par un chef, Maestro, et l'on assiste à un spectacle de danse à pied et des positions différentes des fusils et tous les membres, à chaque fois,  font tous à la fois le même geste avec leurs fusils dans des postures différentes : fusils posés sur les épaules, sur la tête, tenus en vertical ou en horizontal, ou faisant mine de tirer comme dans les courses de Tbourida, ou même en les lançant dans le ciel ou les retournant sur deux doigts. C'est pourquoi, L'haït prend avec ce spectacle le nom de "Tbourida des tribus Ghiyata" (تبوريدة غيــاثة).

 

Il est à signaler que L'Haït dans son acceptation large, s'étend à certaines tribus de Taounat, surtout les hyayna qui ont des affinités historiques ancestrales avec les Ghiyata Ouest et les Tsouls.  Aussi, l'on retrouve des styles du Haït dans le Gharb et l'on parle de L'Haït Gharbaoui, L'Haït Zaëri et aussi le style Abidat Rema est parfois qualifié de Haït. Mais il semble que ces styles de L'Haït de Aërs, Gharb et Ouardigha prend cette appellation juste parce que les chanteurs le prononcent en tant que mot dans leurs chants. Or, dans son fief incontestable des tribus de Taza, on n'entend jamais ce mot "Haït" dans les chants de l'Haït. Encore, faut-il noter que ce Haït du Gharb tend plus vers l'Aïta et  fait plus l'éloge de la danse féminine que des paroles ou des instruments de musique habituellement connus du Haït. Mais une variété des Abidat rema peut être considérée à cheval entre L'Haït et l'Aïta.

La question à laquelle les chercheurs doivent répondre c'est comment expliquer par l'histoire et les contacts humains ces ressemblances entre des tribus  si éloignées les unes des autres  que celles des régions de Taza, du Gharb et de Ouerdigha.

Chronologie

Commentaire libre : Longue construction à travers un processus non perceptible ???

Caractéristiques de l'élément

Éléments matériels associés : Bendir, Tbel, Lghayta, Lemquess, et les Fusils, alors que le costume uni pour toute la troupe en Jellaba, Rezza (turban), Belgha (babouches)
Éléments immatériels associés : * Un savoir faire en composition poétique, * Danse rythmée réservée uniquement aux pieds et épaules. Le bassin et le reste du corps ne doivent pas vibrer avec ces mouvements, * Une manipulation rythmée du Bendir, de Tbel, du Mqess, du fusil en symbiose avec les mouvements des pieds
Langue utilisée : Darija ou disons le parler spécifique aux tribus de Taza où les Parlers Branès et Tsoul sont très rapprochés alors que le Parler Ghiyata s'en détache un peu
Origine perçue :

Longue construction à travers un processus non perceptible ???

Personnes et institutions associées

Praticien(s) | Interprète(s) : - Les Chioukhs, généralement plus de cinquante et soixante ans d'âge, - Des hommes de plus de 18 ans, mais généralement au-delà de trente ans, - Des troupes folkloriques connues, - Les amateurs, - Généralement une troupe est dirigée par un Cheikh, maestro, qui des fois est sur la même ligne du rang ou bien il se met devant. - Dans L'Haït tout artiste a son tour de chanter et improviser
Commentaires sur les participants : Souvent, les spectateurs peuvent participer aux chants, mais seulement pour la danse aux pieds, sans applaudissements rythmées ni paroles. Ça c'est une coutume connue et transmise de génération en générations. Cependant, les spectateurs ne peuvent pas intégrer les rangs des chanteurs.
Modes de transmission :

- Initiation entre professionnels et les jeunes,

- Imitation spontanée par les jeunes en assistant aux chants par des professionnels,

Organisations concernées : AGTD/Taza, (Association Grand Taza pour le Développement),, ALINSAP/Rabat
Organisations autres : Autres associations locales,

État de l'élément : viabilité

Menaces pesant sur la pratique :

Pas de lois spécifiques de protection,

- Les lois en vigueur de conservation du patrimoine culturel ne mentionnent pas du tout ce genre patrimonial,

- Les opérations de sauvegarde du patrimoine musical menées par le Ministère de la Culture n'ont jamais concerné ce genre patrimonial dit L'haït,

- L'Etat n'a aucune contrainte juridique ou sociale à promulguer  des lois en faveur de L'Haït

Menaces pesant sur la transmission :

- Malgré un renouveau ces dernières années, ce chant est en déperdition, presque en voie de disparition

- Avec le nouveau mode de vie et les nouveaux courants artistiques, les gens ne s'intéressent pas sérieusement à une transmission ou apprentissage de l'Haït bien que tout le monde est sacrément attaché à ce style du bled et vibre à son rythme,

Mesures de sauvegardes existantes :

- Organiser un Festival annuel fixe réservé à Lhaït,

- Organiser des rencontres culturelles au sujet de Lhaït ( conférences, journées d'études colloques,,,,),

- Emissions TV et documentaires spécial Haït,

- Compagne de sensibilisation pour la sauvegarde et la promotion de Lhaït,

- Encourager la création des troupes et apporter de l'aide aux troupes existantes,

- Inscription de L'Haït comme patrimoine national immatériel,

- Enregistrement de certains Maîtres/Chiuokhs comme Patrimoine Humain Vivant,

- Enregistrement des chants à l'image des Rouaïss, Malhoune, Aïta,,,

État de conservation

État général de conservation : Bon
Date de vérification : octobre 2019

Protection / Statut juridique

Type de protection : inventorié

Localisation

zones

Autres informations sur la localisation

  • Ghiyata, Branès et Tsoul (Communes de Oued Amlil, Ghiyata el-Gharbia, Bab merzouqa, Bab Lemrouj, Tainast, Had Msila, Oulad Zbaier, Beni Frassen, Beni Lent, Oulad Cherif, Meknassa,,,,,)